La Société française de photographie organise le Salon International d’Art Photographique en son hôtel au 51, rue de Clichy de 1924 jusqu’en 1953. Ce grand évènement photographique annuel succède au Salon d’Art Photographique qui était organisé de 1894 à 1914 par le Photo-Club de Paris. Dès lors, chaque années au mois d’octobre, des centaines d’épreuves provenant d’une vingtaine de pays sont exposées. Les œuvres sont ainsi regroupées par pays, ce qui donne une dimension internationale aux expositions « afin de faire ressortir autant que possible le tempérament ; le sentiment artistique propre à chaque nationalité1 ». Aujourd’hui, le fonds des Salons Internationaux d’Art Photographique conservé par la Société française de photographie est constitué de plus de 500 photographies, de catalogues et d’albums d’expositions. Témoignant de la richesse des échanges artistiques et culturels à toutes les échelles, il constitue une source précieuse pour comprendre l’évolution des pratiques dans les salons internationaux du 20e siècle et des expositions de la SFP.

« Vue d'ensemble, SFP Salon 1926, 1 » 1926, Paris, France. Plaque de verre positive. frSFP_0776im_1926_PP_0150
En 1924, le premier Salon ouvre ses portes à l’hôtel de la Société française de photographie (SFP). Inauguré par le journaliste et critique d’art René CHAVANCE, ce dernier déclare : « Il faut que ce Salon apparaisse comme le point de départ d’une ère nouvelle qui replacera notre art photographique au rang qu’il doit occuper2 ». Lors de ces expositions, une attention particulière est accordée au développement de l’art photographique sous toutes ses formes. A cet égard, la sélection des œuvres est confiée à un jury d’admission rassemblant des personnalités issues du monde de l’Art : architectes, peintres, graveurs ou encore sculpteurs. Ce jury reçoit des centaines d’épreuves, puis procède à une sélection rigoureuse. Après délibération, sur les 1325 épreuves qui ont été reçues en 1924, seules 453 d’entre elles ont été exposées rassemblant ainsi 82 nationalités dont le Japon, la Tunisie, la Norvège, et la Syrie. L’exposition présente une sélection de quelques centaines d’épreuves, parmi lesquelles figure le travail photographique de Laure ALBIN-GUILLOT (1879-1962), Robert DEMACHY (1859-1936) et de Josef SUDEK (1896–1976). Ce dernier, qui expose sous le nom de Jos SUDEK, participe à plusieurs Salons internationaux organisés par la SFP, notamment ceux de 1924, 1925, 1926 et 1927.
Cette première édition connaît un grand succès auprès du public. En témoigne un compte-rendu publié dans le bulletin de la SFP en 1924 : « Le Salon a reçu une affluence de visiteurs dont le nombre total a dépassé trois mille3 ». A titre de comparaison, quelques années après la première exposition, ce sont près de huit mille personnes qui viennent voir les épreuves exposées au 26ième Salon4 de 1931.

« Vue d'ensemble, SFP Salon 1926, 3 » 1926, Paris, France. Plaque de verre positive. frSFP_0776im_1926_PP_0148
Entre février et mai 2025, une partie du fonds des Salons internationaux d’art photographique est inventoriée par trois stagiaires (Juliette MAUZÉ, Pia LEROUX et Sophie LYNCH), pièce par pièce. Datant des années 1920 à 1950, cet ensemble d’épreuves de 587 tirages répartis sur 16 boîtes ne représente qu’une partie des centaines de photographies offertes à la SFP lors des salons internationaux entre 1924 et 1953. Le fonds des Salons comprend plusieurs épreuves exposées, mais aussi des épreuves envoyées et non retenues, qui n’ont donc peut-être jamais été exposées. Aussi, plusieurs photographies avaient déjà été cotées et/ou inventoriées, mais d’autres non. Par exemple, les tirages sont donc souvent classés selon des cotes différentes.5

René LEDARD (France), « Honfleur, le vieux port », ca. 1933, tirage au charbon Fresson, 30 x 40,13,7 x 21,9 (SIAP 1933), frSFP_0746im_EP_0593.
Échanges internationaux
La collection de photographies envoyées aux Salons de la SFP est remarquable de par la diversité de ses œuvres qui proviennent de plusieurs pays. Aux côtés des membres de la SFP et de photographes basés en France, de nombreuses œuvres ont été envoyées par des photographes issus de divers pays, notamment du Brésil, de l’Italie, de l’Afrique du Sud, du Japon, de la Chine, du Canada, de la Nouvelle-Zélande et de l’U.R.S.S. Ainsi, certaines étiquettes et tampons rendent compte de trajets effectués, témoignant des tendances photographiques et collaborations internationales.
Les Salons sont des événements véritablement internationaux, permettant aux visiteurs de découvrir le travail de photographes de différentes régions du monde. A cet égard, c’est en 1949 que Germain PATERNE annonce dans sa critique du Salon international d'art photographique que l’exposition permet « Un tour du monde rapide, facile ; sans formalités ni passeports, sans aucune entrave, en pleine liberté6... ». Au verso de plusieurs tirages, les traces des parcours qu’elles ont suivis sont visibles à travers l’accumulation de tampons, d’étiquettes d’expositions et de mentions de prix collés. Ces artefacts nous renseignent sur la vie des épreuves, en révélant les lieux et les contextes dans lesquels elles ont été exposées. Les nombreuses étiquettes témoignent des circuits d’échange entre expositions, sociétés et photo-clubs, tant au niveau national qu’international. Elles peuvent également ouvrir de nouvelles pistes de recherche : par exemple, savoir où une épreuve a été exposée peut s’avérer précieux, en particulier lorsqu’un catalogue correspondant est conservé.


Jacques POLLISSARD (France), « Le saut dans l’inconnu » [escargot] , c. 1937. Tirage bromure 30x24 cm, d'après film 4x6 cm, 37,3 x 28,6 cm. frSFP_0984im_EP_0024 (recto et verso, Photo-Club Alger)
Les auteurs
Les Salons Internationaux d’Art Photographique accueillent des œuvres d’artistes de renom tels qu’Arnold GENTHE, Josef BREITENBACH, László MOHOLY-NAGY, Ilse BING, Margaret BOURKE-WHITE ou encore Hisao OKAMOTO. On y trouve également des tirages de photographes membres de la SFP et d’autres déjà bien établis à l’époque, comme Robert DEMACHY, Constant PUYO et José ORITZ-ECHAGÜE. Le fonds se révèle très hétérogène quant à la nature des thématiques : portraits, nature-mortes, scènes de rue, paysages, photographies de mode, vues aériennes, photographies publicitaires et compositions abstraites. Il témoigne aussi de la grande diversité des procédés techniques caractéristiques des pratiques photographiques du début du XXe siècle, notamment à travers des épreuves réalisées selon les procédés ARTIGUE, FRESSON et au bromure.
Parmi les centaines d’auteurs, nous pouvons trouver plusieurs épreuves par des femmes photographes ayant contribué à l’effervescence créative qui a caractérisé les années de l’entre-deux-guerres. Par exemple, le fonds comprend plusieurs épreuves par la photographe américaine Carla HEINZEN (1897-1972), qui a exposé ses œuvres en Europe et aux États-Unis à la fin des années 1920 et au début des années 1930 sous divers noms, dont Madame H. de B. Karma et Karma De Burgeni. Il y a aussi des tirages par la photographe Éliane JANET-LE-CAISNE, autrefois chargée de missions photographiques sur des chantiers de fouilles archéologiques.

Carla HEINZEN (États-Unis, née en Angleterre), « Interrupted Picnic, », tirage, 36,1 x 29,8 cm, frSFP_0746im_EP_0517
De nombreux portraits et études révèlent des histoires fascinantes, témoignant de connexion entre les photographes et leurs sujets. Par exemple, le fonds contient des épreuves par le photographe allemand Wilhelm MAYWALD (1907-1985), dit Willy MAYWALD, dont une photographie de la danseuse Tatiana BARBAKOFF. Née en Lettonie en 1899 dans une famille juive d'origine russo-chinoise, BARBAKOFF est connue pour ses costumes flamboyants et sa technique expressive. La danseuse a fui l'Allemagne pour Paris en 1933, mais a été emprisonnée après l'invasion allemande en 1940 et est déportée à Auschwitz en 1944. En outre, on retrouve des photographies réalisées par le sculpteur, peintre et photographe Serge CZEREFKOV (1899, Kiev-1970, Tahiti). Suite à des études à l’École des Beaux-Arts de Kiev, CZEREFLOV s’installe à Paris en 1924 et prend le pseudonyme de GRÈS, quasi-anagramme de son prénom. Son épouse, Germaine Émilie KREB (1903-1993), s’approprie également ce pseudonyme et devient la célèbre couturière et créatrice de haute couture Madame GRÈS, connue pour son utilisation de plis délicats qui rappellent les drapés de la statuaire grecque antique et qui ont fait sa signature stylistique. Une photographie par Serge CZEREFKOV montrant une paire de gants et un collier témoigne de sa sensibilité à la mode et au métier de sa femme.

Serge Anatolievitch CZEREFKOW, dit GRÈS (Né à Kiev), « Elle n’y ait plus », tirage, 33 x 40,5 cm, frSFP_0733im_EP_0501.

Wilhelm MAYWALD (Allemagne), « Tatjana Barbakoff [1889 - 1944] », c. 1935. Tirage bromure, 42 x 32 cm. frSFP_0734im_EP_0559.

Gyula GEIGER (Hongrie), « Sirènes modernes » (SIAP 1936), tirage, 59,5 x 39,5 frSFP_0986im_EP_0002
Les annexes
Certains Salons proposent des annexes consacrées à des pays ou à des thématiques spécifiques. En 1936, le 31e Salon présente des annexes de photographies scientifiques, regroupées en plusieurs catégories de sujets, telles que « photographie astronomique », « enregistrement des spectres », « microphotographie », « photographie judiciaire : état des lieux, falsification de documents et de tableaux », « photographie aérienne », « photographie de l’infra-rouge » et « radiographie ». Une section est également consacrée aux Jeux olympiques. En 1937, le 32e Salon propose une rétrospective intitulée « Soixante années de Théâtre racontées par la photographie », composée de plus de 100 photographies issues de la collection Nadar de la SFP. Cette exposition met en valeur des portraits de grandes vedettes ayant animé les scènes parisiennes entre 1850 et 1910, telles que Sarah BERNHARDT, RÉJANE, Céleste MOGADOR, Mily MEYER, MISTINGUETT et Cléo de MÉRODE.
Catalogues et albums d’expositions

Couverture de l’album du XXVIIe Salon International d’Art Photographique de Paris 1932, Société française de photographie, Paris : Braun & Cie, 1932.
Les Albums des Salons Internationaux d’Art Photographique de Paris, présentés par la Maison d’édition d’art « BRAUN et Cie », constituent la synthèse des impressions artistiques de chaque édition à travers des héliogravures, des textes et des reproductions d’œuvres du Salon, offrant ainsi un panorama représentatif des tendances esthétiques, des techniques photographiques et des sensibilités visuelles de l’époque. La SFP conserve également un important ensemble d’ouvrages publiés à l’occasion de ces expositions internationales, parmi lesquels des albums et catalogues illustrés comprenant des listes d’exposants, des essais critiques et des héliogravures d’œuvres présentées. Ce fonds comprend aussi des catalogues de salons internationaux organisés dans diverses villes telles qu’Alger (par le Photo-Club d’Alger), São Polo (par le Foto-Cine Clube Bandeirante), Philadelphie (The Pennsylvania Academy of the Fine Arts), Londres (The Royal Photographic Society of Great Britain), Anvers et Québec.
Le fonds des salons internationaux d’art photographique offre ainsi un riche aperçu des tendances, sensibilités et processus photographiques de l'entre-deux-guerres, tout en contenant de nombreux liens avec d'autres fonds de la SFP. Il illustre à la fois le développement artistique de la photographie, ses réseaux internationaux et la richesse des échanges culturels de cette période, ouvrant ainsi de nombreuses pistes de recherches.
Sophie LYNCH, en collaboration avec Juliette MAUZÉ et Pia LEROUX
1 « Petite chronique mensuelle de la S.F.P.C. » n°5, 18 janvier 1932, p. 85.
2 Société française de photographie, 19e Salon International de Photographie 1924, (SIAP), (Paris : Société française de photographie), 1924.
3 Bulletin de la Société française de photographie, 1924, octobre N°10, p. 201.
4 « Le XXVIe Salon International d’Art Photographique, » Petite Chronique Mensuelle de la S.F.P.C. N°2, 20 octobre 1931.
5 notamment en 734 et 776.
6 Germain Paterne, Photo-Ciné, octobre 1949, p. 161.
